Lever de soleil sur les Alpes suisses avec des faisceaux de lumière dorée evoquant les mouvements du cours de l'or, un lingot d'or pose au premier plan
Publié le 15 mars 2024

Acheter l’or au plus bas en Suisse n’est pas qu’une affaire de supports graphiques, mais un arbitrage stratégique entre le dollar, le franc suisse et la politique de la BNS.

  • Le cours du franc suisse est structurellement lié à celui de l’or, modifiant la simple corrélation inverse avec le dollar américain.
  • Les taux d’intérêt réels suisses, même avec une inflation faible, dictent le véritable coût d’opportunité de détenir de l’or.

Recommandation : Avant de déclencher un achat sur un signal technique, analysez le contexte macroéconomique suisse ; le graphique ne devrait que confirmer votre hypothèse fondamentale.

Pour tout investisseur actif, l’écran affichant le cours de l’or (XAU/USD) est une invitation permanente à la spéculation. L’objectif semble simple : acheter au creux de la vague, le fameux « buy the dip », et profiter du rebond. On nous répète de surveiller les lignes de support, de guetter la cassure des moyennes mobiles ou de s’alarmer lorsque le dollar américain se renforce. Ces conseils, bien que techniquement justes, sont dangereusement incomplets pour un trader basé en Suisse. Ils omettent une variable essentielle qui transforme complètement l’équation : le franc suisse (CHF).

L’erreur fondamentale est de considérer le marché de l’or comme un simple duel entre le métal jaune et le billet vert. Pour l’investisseur helvétique, il s’agit en réalité d’une triangulation complexe entre l’or (XAU), le dollar (USD) et le franc suisse (CHF). Ignorer la force relative de sa propre monnaie et les décisions de la Banque Nationale Suisse (BNS) revient à naviguer avec une carte maritime incomplète, en ignorant les courants les plus puissants.

Mais si la véritable clé n’était pas de lire le graphique de manière isolée, mais de l’utiliser comme un simple outil de confirmation pour une thèse macroéconomique déjà établie ? Si le secret pour acheter au meilleur moment résidait moins dans l’identification d’un support que dans la compréhension du coût d’opportunité réel de détenir de l’or en Suisse, à un instant T ?

Cet article propose de déconstruire cette approche. Nous allons analyser pourquoi la corrélation avec le franc suisse est primordiale, comment les taux d’intérêt réels dictent la tendance de fond, et quels sont les pièges techniques, comme les fausses cassures, à éviter absolument. L’objectif est de vous fournir une grille de lecture spécifiquement adaptée au contexte suisse pour que chaque « dip » devienne une opportunité calculée, et non un pari à l’aveugle.

Pour naviguer efficacement à travers ces concepts, cet article est structuré pour vous guider pas à pas, des fondamentaux macroéconomiques aux détails techniques les plus fins. Le sommaire ci-dessous vous permettra d’accéder directement aux sections qui vous intéressent le plus.

Pourquoi l’or baisse-t-il souvent quand le Dollar US se renforce (corrélation inverse) ?

Le mécanisme de base est une règle fondamentale des marchés : l’or étant majoritairement coté en dollars américains (USD), une appréciation du dollar rend mécaniquement l’or plus cher pour les investisseurs détenant d’autres devises. Cette hausse de prix relative freine la demande et exerce une pression à la baisse sur le cours. C’est la fameuse corrélation inverse, le premier réflexe de tout analyste. Cependant, pour un investisseur en Suisse, s’arrêter à cette observation est une erreur stratégique. Il faut intégrer un troisième acteur : le franc suisse (CHF).

Historiquement, le franc suisse a entretenu une relation très étroite avec le métal jaune. Une analyse historique documentée révèle que plus de 25% des billets de francs suisses en circulation ont déjà été adossés à des réserves d’or, créant un lien structurel. Bien que ce lien direct ait été aboli, une forte corrélation psychologique et économique persiste. Le CHF est, comme l’or, considéré comme une valeur refuge. Par conséquent, en période de crise, les capitaux peuvent affluer à la fois vers l’or et vers le franc suisse, complexifiant l’analyse.

L’investisseur suisse doit donc raisonner en termes de triangulation XAU/USD/CHF. Une hausse de l’or en dollars peut être totalement annulée par une appréciation simultanée du franc suisse face au dollar. L’enjeu n’est pas seulement de savoir si l’or monte, mais s’il monte *plus vite* que le franc suisse ne s’apprécie. C’est cet arbitrage à trois bandes qui détermine le gain réel pour un portefeuille en CHF.

Cette image d’une balance illustre parfaitement la tension permanente pour un investisseur helvétique. Le cours de l’or n’est pas simplement tiré par le dollar, mais est constamment influencé par la force relative de sa propre devise. Ignorer le taux de change EUR/CHF ou USD/CHF en se concentrant uniquement sur le XAU/USD est la voie la plus sûre vers de mauvaises surprises.

Taux d’intérêt réels négatifs : le carburant principal de la hausse de l’or

Au-delà des mouvements de devises, le moteur le plus puissant de la tendance de fond du cours de l’or est le niveau des taux d’intérêt réels. Il ne s’agit pas du taux directeur affiché par les banques centrales, mais du taux nominal corrigé de l’inflation. La formule est simple : Taux réel = Taux nominal – Taux d’inflation. L’or ne rapportant ni intérêt ni dividende, son attractivité augmente lorsque les autres placements « sûrs », comme les obligations d’État ou le cash en banque, offrent un rendement réel négatif. En d’autres termes, pourquoi conserver des francs suisses qui perdent de leur pouvoir d’achat à cause de l’inflation quand l’or offre une protection ?

C’est ce qu’on appelle le coût d’opportunité. Quand les taux réels sont positifs et élevés, détenir de l’or a un coût d’opportunité important : on renonce à un rendement sûr. Quand ils sont négatifs, détenir de l’or devient une stratégie rationnelle pour préserver son capital. Dans le contexte suisse, ce facteur est particulièrement pertinent. Selon les chiffres de l’Administration fédérale des finances, après une période de hausse, le renchérissement en Suisse s’élevait à seulement 0,2 % en 2025, contre 1,1 % en 2024. Une inflation très faible, combinée à des taux nominaux également bas, maintient le coût d’opportunité de détenir de l’or à un niveau très attractif.

Cette situation est commentée par les experts locaux qui fournissent un éclairage essentiel. Comme le souligne John Plassard de Cité Gestion, cité par Le Temps :

A côté de cette inflation à zéro, les prévisions sont plutôt bonnes, avec une croissance, en l’occurrence réelle, attendue autour de 1%.

– John Plassard, Cité Gestion, cité par Le Temps

Cette analyse suggère un environnement économique stable mais avec des rendements nominaux qui peinent à surperformer, même une inflation minime. Dans ce scénario, l’or conserve tout son intérêt structurel dans un portefeuille suisse, non pas pour une flambée spéculative, mais comme une assurance contre l’érosion lente du capital.

Janvier ou Août : y a-t-il des mois statistiquement meilleurs pour acheter de l’or ?

La question de la saisonnalité est un classique de l’analyse des matières premières. On entend souvent que certains mois, comme janvier ou la fin de l’été, seraient statistiquement plus propices à une hausse du cours de l’or. Ces affirmations reposent sur des observations historiques qui, si elles ne sont pas totalement fausses, doivent être interprétées avec une extrême prudence. L’idée d’un « calendrier de l’or » est séduisante mais réductrice, car elle masque les véritables moteurs économiques et culturels qui sous-tendent ces tendances.

L’un des principaux facteurs de cette saisonnalité n’est pas lié aux marchés financiers occidentaux, mais à la demande physique en Asie, et plus particulièrement en Inde. Ce pays est l’un des plus grands consommateurs d’or au monde, et la demande y est fortement cyclique. En effet, la saisonnalité liée aux mariages et fêtes indiennes influence fortement le cours, car la joaillerie y représente environ la moitié des achats d’or. La saison des mariages, qui culmine généralement d’octobre à décembre après la mousson, et le festival de Diwali sont des périodes de très forte demande qui peuvent soutenir les prix à l’échelle mondiale.

Un autre pic de demande est souvent observé en amont du Nouvel An chinois, généralement en janvier ou février, où l’or est un cadeau traditionnel. Ces phénomènes culturels créent des cycles de demande prévisibles. Par conséquent, un « dip » observé en été (par exemple en août) pourrait s’expliquer par une accalmie de la demande physique avant la reprise de la saison des festivals en automne. Acheter durant cette période pourrait donc être une stratégie pour anticiper la hausse de la demande à venir.

Cependant, il est crucial de ne pas suivre aveuglément ce calendrier. Une mauvaise mousson en Inde peut réduire le pouvoir d’achat rural et freiner la demande d’or, annulant l’effet saisonnier attendu. De même, une crise financière mondiale ou une décision forte d’une banque centrale peuvent complètement éclipser ces tendances culturelles. La saisonnalité doit être considérée comme un vent de fond, pas comme un signal de trading infaillible. C’est un élément de contexte, pas une prophétie.

L’erreur de trader l’or sans attendre la confirmation de la cassure (breakout)

C’est l’un des pièges les plus courants pour le trader amateur : voir le prix toucher une ligne de support majeure et acheter immédiatement, anticipant un rebond. Ou, à l’inverse, vendre dès que le prix franchit une résistance. Cette précipitation est souvent sanctionnée par ce que les chartistes appellent un « bull trap » (piège à haussiers) ou un « bear trap » (piège à baissiers). Le prix semble casser un niveau clé, déclenchant une vague d’ordres, avant de se retourner violemment dans la direction opposée, laissant les traders pris au piège. Pour éviter cela, le concept de confirmation de cassure est fondamental.

Comme le résume un analyste sur la plateforme TradingView, il s’agit de lire le récit du marché avec plus de finesse.

Le marché raconte une histoire à chaque mouvement. Pourtant, beaucoup de traders se contentent de regarder les bougies sans réellement comprendre ce qu’elles signifient. Le Break of Structure (BOS) fait partie de ces concepts qui permettent de lire le marché avec plus de précision.

– Analyste communautaire, TradingView France – Analyse XAUUSD

Le Break of Structure (BOS), ou cassure de structure, signifie simplement qu’il ne suffit pas que le prix traverse un niveau. Il faut une preuve que la structure du marché a changé. Concrètement, cela se traduit souvent par l’attente d’une clôture de bougie (par exemple en H4 ou Daily) nettement au-delà du niveau cassé. Une simple mèche qui dépasse le support n’est pas une cassure ; c’est souvent le signe d’une chasse aux stops. Une clôture franche, suivie potentiellement d’un « pullback » (retour) sur l’ancien support devenu résistance, est un signal bien plus fiable.

On peut comparer une fausse cassure à l’effet de Foehn dans les vallées suisses : un réchauffement soudain et spectaculaire, qui semble annoncer un changement de temps durable, mais qui est souvent suivi d’un retour brutal aux conditions précédentes. Le trader expérimenté attend que le « beau temps » se confirme avant de ranger ses affaires d’hiver.

Plan d’action : Valider une véritable cassure (Breakout)

  1. Identifier le niveau clé : Repérer un support ou une résistance horizontale claire, testée plusieurs fois sur une unité de temps supérieure (Daily, Weekly).
  2. Attendre la clôture : Ne jamais agir sur une mèche. Attendre impérativement la clôture d’une bougie (H4 ou D1) significativement au-delà du niveau. « Significativement » signifie que le corps de la bougie, pas seulement la mèche, est au-delà.
  3. Vérifier le volume : Une véritable cassure est presque toujours accompagnée d’une augmentation notable du volume des transactions. Un breakout avec un faible volume est suspect.
  4. Observer la bougie suivante : Une confirmation idéale est une deuxième bougie qui continue dans le sens de la cassure ou, encore mieux, un pullback vers le niveau cassé qui tient bon.
  5. Planifier son entrée : N’entrer en position que lorsque ces conditions sont réunies, avec un stop-loss placé logiquement de l’autre côté du niveau qui vient d’être cassé.

Quand arbitrer : échanger son or contre de l’argent métal selon le ratio historique

Une stratégie avancée pour les détenteurs de métaux précieux consiste à ne pas seulement chercher à acheter l’or « au plus bas » en monnaie fiduciaire, mais à optimiser son stock de métaux en arbitrant entre l’or et l’argent. Cette stratégie repose sur le ratio Or/Argent (Gold/Silver Ratio). Cet indicateur mesure simplement combien d’onces d’argent sont nécessaires pour acheter une once d’or. Historiquement, ce ratio a beaucoup fluctué, mais il possède des moyennes et des extrêmes qui peuvent servir de signaux.

Lorsque le ratio est très élevé (par exemple, au-dessus de 80-90), cela signifie que l’or est historiquement cher par rapport à l’argent. Un investisseur peut alors juger opportun de vendre une partie de son or pour acheter une plus grande quantité d’argent. L’objectif est d’attendre que le ratio revienne vers sa moyenne (par exemple, 50-60). À ce moment, l’argent se sera apprécié plus vite que l’or, et l’investisseur pourra revendre son argent pour racheter de l’or, et ainsi en obtenir une plus grande quantité qu’au départ. Inversement, un ratio très bas est un signal pour échanger de l’argent contre de l’or.

Cependant, pour l’investisseur suisse, cette stratégie se heurte à une friction fiscale majeure qui doit absolument être prise en compte dans le calcul : la TVA. En Suisse, l’or d’investissement (lingots, pièces ayant cours légal) est exonéré de TVA. Ce n’est pas le cas de l’argent métal. En effet, le taux de TVA suisse applicable à l’argent métal est de 8,1% depuis 2024. Cette taxe s’applique à chaque achat d’argent, ce qui signifie qu’un arbitrage Or -> Argent -> Or doit générer un gain supérieur à 8,1% juste pour couvrir cette charge fiscale à l’achat, sans même parler des spreads du vendeur.

Cette particularité suisse rend l’arbitrage moins flexible que dans d’autres pays. Le tableau suivant met en évidence cette différence, même si la Suisse reste compétitive par rapport à ses voisins directs.

Comparatif de la TVA sur l’argent métal en Europe
Pays TVA sur l’argent métal TVA sur l’or d’investissement
Suisse 8,1% 0% (exonéré)
Allemagne 19% 0% (exonéré)
Autriche 20% 0% (exonéré)
Italie 21% 0% (exonéré)

En conclusion, si le suivi du ratio Or/Argent est un excellent outil d’analyse, sa mise en pratique en Suisse pour des arbitrages fréquents est pénalisée par la fiscalité. Cette stratégie est donc plutôt réservée à des mouvements de très long terme, lorsque le ratio atteint des extrêmes historiques justifiant l’absorption de la TVA.

Pourquoi la courbe de prix de 2022 ne se reproduira pas forcément en 2025 ?

L’un des biais cognitifs les plus dangereux en trading est le biais de récence : la tendance à croire que ce qui s’est produit récemment va continuer à se produire. De nombreux investisseurs, en regardant la performance de l’or en 2022, marquée par une forte inflation et un cycle de hausse agressive des taux, pourraient être tentés de projeter le même schéma sur les années à venir. C’est une erreur fondamentale, car le contexte macroéconomique est un fleuve en mouvement constant, et celui de 2025 n’a que peu à voir avec celui de 2022.

La principale différence réside dans la trajectoire de la politique monétaire des banques centrales, et notamment de la Banque Nationale Suisse (BNS). Alors qu’en 2022, la BNS, comme la FED et la BCE, était engagée dans une lutte acharnée contre l’inflation via des hausses de taux successives, le paradigme a complètement changé. Le combat contre l’inflation étant largement gagné en Suisse, la BNS a pivoté vers un cycle d’assouplissement monétaire pour soutenir une économie en ralentissement.

Ce changement de cap est clairement visible dans les décisions récentes. Comme le rapporte la RTS, le changement de trajectoire de la politique monétaire de la BNS est manifeste, avec une réduction de son taux directeur à 1,00% en septembre 2024. C’est le mouvement inverse de celui observé deux ans plus tôt. Ce pivot a des implications directes sur l’or : un cycle de baisse des taux tend à affaiblir le franc suisse et à réduire encore plus les taux d’intérêt réels, deux facteurs structurellement positifs pour le cours de l’or exprimé en CHF.

Par conséquent, analyser un graphique de 2025 avec la « logique » de 2022 est un contresens. Les moteurs ne sont plus les mêmes. En 2022, l’or jouait son rôle de protection contre une inflation galopante. En 2025, il joue plutôt un rôle d’alternative de rendement dans un contexte de taux bas et de ralentissement économique. Le résultat (une potentielle hausse de l’or) peut sembler similaire, mais les causes sont radicalement différentes. Comprendre cette nuance est essentiel pour ne pas se laisser piéger par des analogies historiques trompeuses.

Investir en or papier dollarisé sans couverture de change : le risque caché

Pour l’investisseur suisse qui souhaite s’exposer à l’or sans détenir de métal physique, les ETF (Exchange Traded Funds) sont une solution simple et liquide. Cependant, la plupart des grands ETF sur l’or sont cotés en dollars américains (USD). Acheter un de ces produits depuis la Suisse sans précaution expose l’investisseur à un risque souvent sous-estimé : le risque de change non-couvert.

Le mécanisme est simple : vous convertissez vos francs suisses (CHF) en dollars (USD) pour acheter l’ETF. Si le cours de l’or monte, la valeur de votre ETF en USD augmente. Mais si, pendant ce temps, le franc suisse s’apprécie fortement face au dollar, la conversion de vos gains en USD vers le CHF peut réduire, voire anéantir, votre performance. Vous pouvez avoir gagné de l’argent sur l’or en dollars, mais en perdre au final en francs suisses.

Étude de cas : L’impact d’un ETF non-couvert lors d’une appréciation du CHF

Imaginons un investissement de 120 CHF converti en USD à un taux de 1 CHF = 0,88 USD, soit 105,60 USD. Vous achetez un ETF or à ce prix. Le cours de l’or monte de 10%, votre ETF vaut maintenant 116,16 USD. Vous pensez avoir réalisé un gain. Cependant, durant la même période, une crise renforce massivement le franc suisse, et le taux de change passe à 1 CHF = 1,45 USD. En revendant votre ETF, vos 116,16 USD ne valent plus que 80,11 CHF. Vous avez subi une perte de près de 33% en CHF, alors que l’actif sous-jacent avait progressé.

Ce scénario, bien qu’extrême, illustre parfaitement le danger. Heureusement, il existe une solution pour l’investisseur suisse : les ETF avec couverture de change (hedgés). Ces produits financiers utilisent des instruments dérivés pour neutraliser l’impact des fluctuations du taux de change USD/CHF. La performance que vous obtenez est donc bien celle de l’or, sans la volatilité de la devise.

Des solutions concrètes existent sur le marché suisse. Par exemple, il existe un ETF or coté sur la bourse suisse avec couverture de change intégrée, comme le ZKB Gold ETF (AAH CHF). Ce type de produit, malgré des frais de gestion (TER) légèrement plus élevés pour couvrir les coûts du hedging (autour de 0,4% par an dans cet exemple), offre une tranquillité d’esprit inestimable. Pour un investisseur dont la monnaie de base est le CHF, opter pour un produit hedgé n’est pas une option, c’est une nécessité stratégique pour s’assurer que l’on parie sur l’or, et non involontairement sur le cours du dollar.

À retenir

  • La triangulation XAU/USD/CHF est la grille de lecture indispensable pour l’investisseur suisse, primant sur la simple corrélation inverse avec le dollar.
  • Les taux d’intérêt réels suisses, et non l’inflation seule, déterminent le véritable coût d’opportunité et l’attractivité structurelle de l’or.
  • Toujours attendre une confirmation de cassure (Break of Structure) avec clôture et volume pour éviter les pièges de marché (bull/bear traps) avant d’entrer en position.

Comment anticiper la chute de la cote d’un modèle « hype » avant qu’il ne soit trop tard ?

Dans l’univers des investissements, le concept de « hype » n’est pas réservé aux actions technologiques ou aux baskets de collection. Il s’applique aussi à certains segments du marché de l’or, notamment les pièces de collection ou les éditions limitées. Ces objets peuvent voir leur cote s’envoler bien au-delà de leur valeur intrinsèque en métal, portés par un engouement spéculatif. Savoir identifier les signes avant-coureurs d’un retournement de cette « hype » est aussi crucial que de lire un graphique de prix standard.

Le premier signal d’alerte est lorsque la prime (la différence entre le prix de vente de la pièce et la valeur de l’or qu’elle contient) atteint des niveaux extrêmes et se décorrèle totalement du marché de l’or physique. Si le cours de l’or stagne ou baisse, mais que la cote de la pièce continue de monter de manière exponentielle, cela indique que le marché est purement spéculatif et non plus basé sur des fondamentaux.

Un autre indicateur est le changement de statut fiscal ou réglementaire. Parfois, une pièce considérée comme de l’or d’investissement peut être reclassifiée comme un objet de collection, entraînant une fiscalité différente. En Suisse, où l’or d’investissement est exonéré de TVA, une telle reclassification peut avoir un impact majeur. Un exemple notable est une exception fiscale suisse qui distingue les pièces de collection de l’or standard : la pièce Ducat, bien qu’étant en or, est soumise à la TVA, ce qui modifie radicalement son profil pour un investisseur.

Anticiper la fin de la « hype », c’est donc faire preuve de discipline : vendre progressivement lorsque la prime devient excessive, se méfier des récits qui promettent une hausse infinie, et surtout, ne jamais confondre la valeur de collection avec la valeur refuge de l’or. Acheter une pièce « hype » au sommet de sa cote est l’équivalent de se jeter dans un « bull trap » sur un graphique : le risque d’une correction violente est maximal lorsque tout le monde est convaincu que la hausse ne peut pas s’arrêter.

Pour protéger votre capital, il est essentiel d’apprendre à distinguer un actif solide d'une bulle spéculative avant qu'elle n'éclate.

Intégrer cette analyse macroéconomique et contextuelle suisse à votre routine de trading est la seule manière de transformer l’analyse graphique d’un simple outil de dessin en un véritable instrument de confirmation stratégique. Pour mettre en pratique ces conseils, la première étape consiste à réévaluer vos graphiques actuels à travers le prisme de la triangulation XAU/USD/CHF.

Rédigé par Thomas Bernasconi, Ancien banquier privé au sein d'une grande institution zurichoise, Thomas Bernasconi conseille les familles fortunées sur la diversification de leurs actifs. Diplômé en économie de l'Université de Saint-Gall (HSG), il est spécialisé dans la fiscalité des objets d'art et l'investissement en or physique. Il accompagne ses clients dans la transmission intergénérationnelle de collections de valeur.